Femme

Les femmes sont-elles moins bien soignées que les hommes ⚖️?

Espérance de vie

En 2018, la DREES (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) a réalisé une étude statistique sur 14 000 ménages en France[1]:

L’espérance de vie à la naissance est de 85,3 ans pour les femmes et de 79,4 ans pour les hommes.

Néanmoins, l’espérance de vie en bonne santé est de 64,5 ans pour les femmes et de 63,4 ans pour les hommes.

L’espérance de vie en bonne santé est un indicateur qui combine le nombre d’années vécues et la qualité de vie durant ces années comme le maintien de l’autonomie dans les gestes du quotidien.

Essais cliniques

Le genre féminin a toujours été peu représenté dans les essais cliniques à cause notamment des fluctuations hormonales liées au cycle menstruel et du risque d’exposition du fœtus.

Concernant les recherches précliniques (in vitro ou chez l’animal), beaucoup d’expériences sont conduites chez des mâles uniquement[2]. 

Dans le cadre des essais cliniques, les études ont également majoritairement été menées sur des sujets masculins.

En Europe, la réalisation des essais cliniques sur des individus des deux sexes n’est recommandée que depuis 2003. Mais elle n’est pas obligatoire[3].

Ainsi, en 2004, sur 46 essais cliniques, les femmes représentaient moins de 25 % des patients inclus dans les études[4].

En 2019, une étude de 43 000 articles de recherche et 13 000 rapports d’essais cliniques[5] a montré la persistance des biais sexistes, et une « sous-représentation des femmes y participant ».

Médicaments

La plupart des médicaments aujourd’hui sont prescrits aux mêmes doses pour les hommes et les femmes. Or lorsqu’elles prennent un médicament, les femmes souffrent deux fois plus souvent d’effets secondaires que les hommes[6] .

Deux chercheurs américains se sont penchés sur la littérature scientifique pour tenter d’identifier le rôle essentiel de la pharmacocinétique des molécules (qui est différente chez les hommes et les femmes) dans la survenue des effets secondaires.

La pharmacocinétique est l’étude du devenir dans l’organisme d’une substance active contenue dans un médicament(absorption, distribution, métabolisation).

Après avoir analysé plus de 5000 articles[6], ils ont identifié un biais de genre pour 86 médicaments.

Ces médicaments présentaient des concentrations sanguines plus importantes chez les femmes et leur élimination prenait donc plus de temps.

Les différences de pharmacocinétiques trouvées étaient fortement associées aux effets indésirables observés.

Les chercheurs ont découvert que les valeurs de pharmacocinétique liées au sexe féminin permettaient de prédire les effets secondaires spécifiques au sexe pour 96 % des femmes. Ils ont dressé une liste de médicaments pour lesquels les valeurs pharmacocinétiques étaient liées aux effets secondaires chez les femmes. Selon eux, les dosages seraient trop élevés pour certaines molécules médicamenteuses.

Parmi ces médicaments figuraient des analgésiques, des antidépresseurs, des somnifères, des neuroleptiques[7] et des médicaments anti-convulsivants.

Exemple : le somnifère Zolpidem. 

En raison de sa pharmacocinétique, il reste plus longtemps dans le sang des femmes.  Cela provoque des effets secondaires chez celles-ci, comme une somnolence matinale ou des déficiences  cognitives à l’origine d’accidents de la route.

En 2013, l’administration sanitaire américaine a donc décidé de réduire de moitié la dose recommandée aux femmes[8].

Maladies cardio-vasculaires

Seulement 33,5% des femmes sont incluses dans les essais cliniques cardio-vasculaires[9].

Le risque d’infarctus  du myocarde a longtemps été associé à l‘image d’un homme d’âge mûr stressé.

Les traitements cardiovasculaires entraînent d’une manière générale plus d’effets indésirables chez les femmes et ne présentent pas toujours la même efficacité que chez les hommes. Ce qui peut  engendrer un arrêt de traitement  et une augmentation de risque d’accidents cardiovasculaires.

Une enquête multicentrique[10] a montré qu’en cas de crise cardiaque, les femmes qui arrivent aux urgences sont moins vite prises en charge et diagnostiquées que les hommes:

  • 29% des femmes se sont vues immédiatement proposer un électrocardiogramme, contre 38 % des hommes.
  • Or le facteur temps est le paramètre principal de la prise en charge thérapeutique de l’infarctus.

 Ces retards de diagnostique contribuent au fait qu’ en France, 56% des femmes meurent  de maladies cardiovasculaires pour 46% des hommes[11] .

 Et les maladies cardiovasculaires sont aujourd’hui la 1ère cause de mortalité des femmes dans le monde.

Infarctus du myocarde

Les symptômes classiques connus de l’infarctus sont ceux qui ceux manifestent chez l’homme : 

une douleur dans la poitrine irradiant le bras gauche et la mâchoire.

Chez une femme, l’infarctus ne se manifeste pas toujours comme chez un homme.

Cette méconnaissance engendre une prise en charge thérapeutique plus tardive, ce qui réduit les chances de survie:

  • 50% des femmes de moins de 60 ans, qui ont eu un infarctus n’ont pas ressenti de symptômes classiques. 
  • Les symptômes « atypiques » de l’infarctus[12], qui concernent les femmes sont :
Source : fédération française de cardiologie

Broncho-Pneumopathie-Chronique-Obstructive (BPCO)

La BPCO est une maladie respiratoire chronique due à une inflammation et une obstruction permanente et progressive des bronches, dont la principale cause est le tabagisme (80% des cas).

En 2016, en France : 7,5 % des adultes de plus de 40 ans ont une BPCO, et 16 000 personnes en sont décédées[13].

Cette maladie est associée à l’image d’un homme de 60 ans, fumeur, avec une toux chronique et des expectorations… 

Mais cette représentation n’est plus d’actualité avec le développement du tabagisme chez les femmes. Aujourd’hui, 55% des malades sont des hommes et 45% sont des femmes.

Mais les stéréotypes ont la vie dure :

Des cas fictifs ont été présentés à 200 généralistes canadiens[14], en variant le sexe des patients. Le diagnostic de BPCO a été posé correctement dans 58 % des cas quand le patient était un homme, et dans 42 % quand c’était une femme.

Ainsi, selon Santé Publique France, la mortalité liée à la BPCO augmente chaque année de 1,7% pour les femmes alors qu’elle est stable chez l’homme depuis les années 1975.

Gynécologie

L’endométriose:

est caractérisée par la présence en dehors de la cavité utérine de tissu endométrial qui subira, lors de chaque cycle menstruel, l’influence des modifications hormonales.

Alors qu’elle concerne 1 femme sur 10, elle est restée longtemps méconnue, faute de considérer comme symptôme à part entière le fait d’avoir des règles douloureuses.

Il faut en moyenne 9 ans pour diagnostiquer la maladie.

SOPK: syndrome des ovaires polykistiques

1 femme sur 10 est concernée.

Il faudrait en moyenne 2 ans avant d’établir le diagnostic[15].

Dans 30 % des cas, il n’est découvert que lorsque les femmes désirent avoir un enfant et rencontrent des difficultés.

Il se caractérise par un dérèglement hormonal, associé à un excès de production de testostérone par les ovaires qui entraînent une hyperpilosité, des cycles plus longs voire une absence d’ovulation.

Il s’agit de la 1ère cause d’infertilité chez la femme  âgée de moins de 35ans.

Contraception

Les femmes sont fertiles 4 à 5 j/mois[16] alors que les hommes sont fertiles 365 j/an.

Pourtant la charge de la contraception revient majoritairement aux femmes, avec des conséquences de lourdes conséquences sur leur santé (risques thrombotiques, risques cancérigènes [17]… ).

On observe néanmoins une baisse de la prévalence de la pilule depuis 2010[18], signe d’une prise de conscience de ces problèmes de santé et de la nécessité d’alternatives.

Il existe par exemple une contraception masculine prometteuse : la contraception thermique[19], qui est non invasive, réversible, accessible et écologique. Mais elle met du temps à être connue et banalisée.

Autres conséquences de biais de genre

Les stéréotypes de genre et les traits sélectionnés pour poser les diagnostiques ont également pour conséquences des décalages (retards) dans certains diagnostics (troubles du spectre autistique[20], TDAH, etc…).

Ceci est vrai plus largement dans les soins en lien avec la santé mentale.

*Toutes les discriminations citées précédemment  sont encore plus vraies pour les femmes racisées[21], et davantage pour les femmes noires.

Sources:

[1]: Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. En 2018, espérance de vie sans incapacité. Oct 2019. Numéro 1127. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications/etudes-et-resultats/en-2018-lesperance-de-vie-sans-incapacite-est-de-645-ans-pour-les

[2]: Mathieu Arbogast. La santé n’est pas étrangère au genre. CNRS, le journal. 2017 https://lejournal.cnrs.fr/billets/la-sante-nest-pas-etrangere-au-genre

[3]: Cantero MTR. European Medicines Agency policies for clinical trials leave women unprotected. Journal of Epidemiology and Community Health. nov 2006;60(11):911-913.

[4]: DAVESNE Raphaëlle. Mémoire: la participation des femmes dans les essais cliniques, le sexe féminin sous représentée peut-il entrainer des conséquences sur la prise en charge et le traitement des femmes? 2017. 70p. https://pepite-depot.univ-lille2.fr/nuxeo/site/esupversions/2b9568dd-6541-46f1-b1aa-55c00f2116a8

[5]: Sergey Feldman, Waleed Ammar, Kyle Lo, et al. Quantifying Sex Bias in Clinical Studies at Scale With Automated Data Extraction. JAMA Netw Open. 2019;2(7) https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2737103?widget=personalizedcontent&previousarticle=0

[6]: Irving Zucker , Brian J. Prendergast . Sex differences in pharmacokinetics predict adverse drug reactions in women. Biology of Sex Differences volume 11, Art: 32 (2020) . https://bsd.biomedcentral.com/articles/10.1186/s13293-020-00308-5


[7] : How gender affects the pharmacotherapeutic approach to treating psychosis – A systematic review. Expert Opinion on Pharmacotherapy. Bettina Lange et al. Jan 2017.

[8]: Greenblatt DJ, Harmatz JS, Moltke LL von, Wright CE, Durol ALB, Harrel-Joseph LM, et al. Comparative Kinetics and Response to the Benzodiazepine Agonists Triazolam and Zolpidem: Evaluation of Sex-Dependent Differences. Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics. May 2000;293(2):435-443.

[9]: Tamargo J., and al.. Gender differences in the effects of cardiovascular drugs. 2017. European Heart Journal – Cardiovascular Pharmacotherapy 3:163–182.

[10]: Roxanne Pelletier, Karin H. Humphries, Avi Shimony, et all. Sex-related differences in access to care among patients with premature acute coronary syndrome. 2014 . Canadian Medical Association or its licensors . https://cusm.ca/sites/default/files/care_pilote_qxp.pdf

[11]: Nichols M, Townsend N, Scarborough P, Rayner M. Cardiovascular disease in Europe: epidemiological update. European Heart Journal. oct 2013;34(39):3028-3034.

[12]: Dupuy Maury F. Sexe et genre – Mieux soigner les femmes et les hommes. Science & Santé –
INSERM. nov 2017;(38):24-35.

[13]: Conférence de presse de la journée mondiale contre la BPCO, 8 novembre 2017.

[14]: Chapman KR et coll. Gender biais in the diagnosis of COPD. Chest. 2001. 119:6

[15] : Gibson-Helm M. et al. Delayed diagnosis and a lack of information associated with dissatisfaction in women with polycystic ovary syndromeJ Clin Endocrinol Metab 2017 ; 102 : 604-612.

[16] : Gyn&co Belgique. À quels moments les femmes sont-elles fertiles? https://www.gynandco.fr/la-fertilite-feminine/#:~:text=La%20femme%20est%20f%C3%A9conde%20durant,normal%20moyen%20compte%2028%20jours.

[17]: Institut national du cancer. Pilules contraceptives et risque de cancers. 2018 https://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Reduire-les-risques-de-cancer/Traitements-hormonaux/Pilules-contraceptives

[18]: Santé publique France. Contraception . Quatre ans après la crise de la pilule, les évolutions se poursuivent. Baromètre santé 2016 contraception.

[19]: Association française urologie. CONTRACEPTION MASCULINE : QUELLES (R)ÉVOLUTIONS? 2020 .https://www.urofrance.org/base-bibliographique/contraception-masculine-quelles-revolutions#N103EE

[20]: Melal Sabrina. Thèse :  l’autisme au féminin, un diagnostic difficile a propos de la construction d’une échelle diagnostique .2018.  https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-02095622/document

[21] : Osez le féminisme. Femmes racisées, intersectionnalité et santé. http://anotresantee.olf.site/femmes-racisees-sante/

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